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Les biches aussi s'apprivoisent....

Parce que c'est toi...axel red

le 31/01/2007 à 12h34



Si tu crois un jour qu'je t'laisserai tomber
pour un détail, pour une futilité
n'aie pas peur je saurais bien
faire la différence

Si tu crains un jour qu'je t'laisserai fâner
la fin de l'été, un mauvais cap à passer
n'aie pas peur personne d'autre n'pourrait
si facilement te remplacer

Oh non pas toi
vraiment pas toi
parce que c'est toi le seule à qui je peux dire
qu'avec toi je n'ai plus peur de vieillir

Parce que c'est toi
rien que pour ça
parce que j'avoue j'suis pas non plus tentée
d'rester seule dans un monde insené

Si tu crois un jour qu'tout est à refaire
qu'il faut changer, on était si bien naguère
n'aie pas peur je n'veux pas tout compliquer
pourquoi s'fatiguer

Et commence pas à te chacher pour moi
oh non, je te connais trop bien pour ça
je connais par coeur ton visage
tes désirs, ces endroits de ton corps

qui me disent encore
parce que nous c'est fort
parce que c'est toi j'oserais tout affronter
et c'est toi à qui je pourrais pardonner

Parce que c'est toi
rien que pour ça
parce que c'est toi j'voudrais un jour un enfant
et non pas parce que c'est le moment

je veux te voir dedans
j'verrrais dans ses yeux tous ces petits défauts
parce que parfait n'est plus mon créneau
parce que c'est toi
parce que c'est toi le seul à qui j'peux dire
qu'avec toi je n'ai plus peur de vieillir
parce que c'est toi
rien que pour ça
parce que j'avoue j'suis pas non plus tentée
d'rester seule dans un monde insensé
parce que c'est toi

Axel Red

défi Tertulia 88

le 13/01/2007 à 23h43

Même quand elle marche, on dirait qu’elle danse.


(Charles Baudelaire)



 


 


Cette histoire pourrait se dérouler dans n’importe quel village du monde mais c’est dans le mien qu’elle a eu lieu. La demoiselle dont je vous parlerai aurait pu s’appeler Carmen, Claudia, Margaret, Ingrid. Mais ma demoiselle à moi avait pour prénom Féline. Rien que ça la rendait déjà hors du commun. Je n’avais encore jamais entendu aucune fille s’appeler ainsi. Moi je portais un prénom banal, Gilles,  fils du boulanger du village J’avais seize ans en 1987 et toutes les nuits des vacances d’été,  je suais à la chaleur du four de la boulangerie paternelle. Quelques mois auparavant, j’avais vaguement entendu les langues de  vipères du village répandre la nouvelle de l’arrivée de nouveaux habitants dans la villa des Glycines. J’entends encore la Germaine confier à sa voisine que ce devait être des gens aux mœurs bizarres, des gens de la ville en somme pour ne pas parler de leur fille qu’on voyait à toute heure du jour courir la campagne, un grand cahier sous le bras. Chez nous, toues les rues qui mènent à la place sont de longues pentes encore revêtues de vieux pavés cabossés. Je sus bien plus tard que ses parents étaient tous deux professeurs de musiques à Paris et avait acheté cette maison pour se reposer de la vie chaotique de la ville.


La première fois que moi, Gilles, adolescent en pleine crise hormonale, ai vu Féline, je finissais la dernière fournée de petits pains. J’avais presque franchi la porte pour rejoindre la maison où mon lit m’attendait et  je n’avais pas entendu le chemin se plaindre de quelque pas que ce soit. J’ignore encore ce qui fit que je tournai la tête Je me souviens seulement de cette fille qui dévalait la rue nu-pieds. Elle portait un chemisier blanc et une jupe légère qui suivait chacun de ses déhanchements ; bien qu’elle marchait, on aurait dit qu’elle dansait. De longs cheveux ondulés, aux reflets dorés du soleil, d’une couleur que je ne pourrais encore définir aujourd’hui, montrèrent soudain son visage au teint hâlé. Et son corps, ah son corps de femme naissante, se mouvait avec nonchalance,  inconscient de l’excitation qu’il pouvait engendrer. J’en fus le premier surpris. J’eus un mouvement de recul, comme un enfant pris en défaut. J’étais dans l’incapacité de contrôler ce qui se passait en moi.  En l’observant, une partie de mon corps me trahissait. Quelle gêne pour moi si à cet instant nous nous étions  croisés. Féline aurait  probablement découvert l’effet qu’elle produisait sur moi. Les jours qui suivirent, je me mis chaque matin guetter la descente pavée. Ponctuellement, elle arrivait son cahier sous le bras, avec ce pas léger et harmonieux. Elle avait des jambes longues comme une sauterelle. Ses jupes s’arrêtaient toujours là où j’aurais voulu qu’elles continuent à se soulever. Quelque fois, le vent relevait le léger coton et m’offrait le début du galbe d’une fesse comme je n’en avais encore jamais vu par chez nous. Et moi de partir dans un rêve que je finissais dans mon lit. Là, je me voyais écarter une mèche rebelle collée à ses lèvres pulpeuses comme un fruit mûr. Je caressais alors sa nuque avant de revenir à sa bouche que je croquais enfin. Puis, mes lèvres à moi continuaient un drôle de chemin,  descendaient le long de sa nuque comme un chercheur d’or espérant des pépites. Infailliblement, je les trouvais au sommet de deux adorables monts dont le faîte s’offrait à mon exploration. En réalité, je n’avais jamais pu qu’en deviner la naissance à l’échancrure du chemisier. Mais cela me suffisait pour en retirer des moments de plaisirs intenses. Un matin de vent frisquet, je vis Féline descendre comme à son habitude, affublée de l’habituel chemisier. La brise, sans doute, la faisait frissonner. Ce jour-là, arrivé sur mon lit,  je me vis descendre une vallée entre les côtes sûrement parfaite de la jeune fille pour rejoindre une vallée secrète ; je voyais ma langue devenir serpent qui rejoint la rivière pour remonter jusqu’à la source d’ une eau si exquise qu’on aimerait  s’y noyer. A force de fantasmer ainsi tous les jours, je me rendait à la boulangerie de plus en plus fatigué. J’avais perdu du poids et mes yeux étaient cernés. Mon père n’était pas dupe


A cause des mes rêveries, moi, Gilles, aide-boulanger saisonnier,  je devenais de plus en plus distrait au point que mon père me signifia mon congé le jour où je laissai brûler la plus grosse fournée de pain.


 


    Je décidai que cela devait cesser.  A la fin de ma nuitée, je pris mon courage à deux mains et suivis ma nymphe à une vingtaine de mètres de distance. Je voulais voir où son pas divin la portait. Nous marchâmes longtemps. Elle empruntait des sentiers escarpés que moi-même j’avais fréquenté quand je voulais fuir le monde. On aurait dit qu’elle était reine en ces campagnes sauvages. J’aurais aimé être les herbes hautes qui caressaient  ses jambes magnifiques. Son prénom me vint aux lèvres : Féline, c’est l’impression qu’elle donnait, la démarche souple et élégante d’un félin.


Elle se dirigeait avec grâce vers le petit ruisseau qui coule paisible depuis des siècles, érodant les pierres qui font depuis le gros dos. Je vis Féline entrer dans l’eau glacée. Elle avançait avec une lenteur intentionnelle. Elle  se frayait un passage dans l’eau d’une manière si sensuelle que je me mis à haleter et un filet de sueur perla sur mon front. Cette cadence à damner un saint s’arrêta et la jeune fille s’assit sur une grosse pierre au milieu du cours d’eau. Elle releva un peu sa jupe et déposa son grand cahier sur les genoux. Je la vis sortir de je ne sais où un crayon et je compris que son bagage était un bloc pour croquis. Elle allait donc dessiner. Elle balaya du regard le paysage dans un geste plein de charme. Je me demandai si elle s’assurait qu’ elle était seule ? Promptement, je me tapis derrière un buisson sauvage. Apparemment, elle  ne m’avait pas repéré. Je soupirai de soulagement.  Le soleil, impassible, faisait son travail ; il accomplissait son ascension et sa température se faisait sentir de plus en plus. Soudain, Féline ôta son chemisier, ne gardant plus sur elle qu’un foulard coloré croisé sur sa poitrine. Je redressai la tête à bout de souffle : son corps était exactement comme je l’avais imaginé dans mes évasions folles. Brusquement, la demoiselle se leva et quitta l’eau pour rejoindre la pente de la rive où elle s’allongea, jambes repliées pour soutenir son bloc de papier. Dans un geste naturel, elle caressa son corps comme  moi-même je l’avais parcouru dans mes rêves fous.


 Maladroit à ce jeu et culpabilisé par l’impression de violer une vie privée, je ne fis pas attention aux branches mortes qui jonchaient le sol. Un grand ‘crac’ retentit dans le silence des collines. Aujourd’hui encore, je ne pourrais vous dire comment je me suis retrouvé à ses côtés. Féline ne sembla nullement choquée de me voir là, mieux, elle m’invita à m’asseoir prés d’elle. Ce fut elle qui parla la première.


-          Bonjour, Gilles ! Qui eut crû que ces endroits attireraient un garçon.


 


Dans un premier temps, surpris qu’elle connaisse mon prénom, je ne trouvai rien d’intelligent à rétorquer.


 


-          Je t’impressionne ? continua-t-elle d’un ton enjoué.


-          Tu veux la vérité ? Oui ! Depuis que je t’ai vue un matin descendre la rue, tu ne quittes plus mes pensées. J’avais envie de te voir de plus près.


-          Et ? .....Satisfait? dit-elle d’un air coquin.


-          Ce n’est pas exactement ce que j’entendais. Je voulais bien plus que te voir. Je voulais te connaître.


-          Eh bien voilà chose faite ! Mais, mon cher tu es deuxième!


-          C'est-à-dire ! m’empressai-je de répondre, interloqué.


-          Moi aussi, je voulais te connaître. Et tu dois savoir qu’il n’y a pas que ta rue qui mène ici. Si je passais toujours à la même heure devant la boulangerie, c’est tout simplement parce que je savais quand  tu sortais de l’atelier de ton père. Notre gouvernante ne faisait que vanter ton courage alors que tous les autres jeunes de ton âge se la coule douce pendant les vacances d’été.


-          Et c’est ainsi que tu as su mon prénom ?


-          Oui !


-          Dis-moi, le reste de l’année que fais-tu ? Tu fréquentes une école de la ville je suppose ?


-          Si l’on veut….je suis les cours de l’académie de danse.


-          Je comprends mieux, dis-je sans réfléchir.


-          C’est-à-dire ?


-          Rien, je me comprends.


-          Allez, ou tu en as dis trop ou trop peu….


-          Tu n’a pas la démarche des gens du pays ni celle des filles du lycée que je fréquente. Tu ne te rends pas compte que même quand tu marches, on dirait que tu danses…C’est atrocement sensuel, jeune fille, osai-je ironiser.


-          Alors j’aurais dû m’appeler Salomé dit-elle en riant de bon cœur, car tu viens de voler un vers de Baudelaire. Tu aimes la poésie ?


-          Enormément ! Dis, Féline, ça te dirait de retourner avec moi dans le cours d’eau ? Si tu me fais confiance, je vais te conduire jusqu’à la chute où personne ne va jamais.


-          Mais avec le plus grand plaisir, monsieur Gilles, se moqua-t-elle gentiment.


 


Je pris sa main comme si nous nous connaissions depuis des mois. Elle ne la retira pas. Arrivés aux abords de la chute, je retirai mon T-shirt. Elle en fit de même avec ce qui lui restait et tint sa jupe dans sa main. Elle portait un simple slip de coton blanc. Elle était belle à croquer. Volontairement ou pas, elle trébucha sur une pierre et se retrouva dans mes bras.


 


-          Je t’ai longtemps cherchée, Féline, dis-je avec sincérité


-          Je t’attendais, Gilles, depuis toujours.


 


 Inutile de vous donner les détails de ce qui se passa par la suite. Nous passâmes le reste des vacances à nous voir tous les jours. Je ne rêvais plus. Je vivais en mille fois plus intense ce que j’avais imaginé des jours entiers.


 


Aujourd’hui, j’ai trente cinq ans et je suis marié avec Féline depuis douze ans. Nous avons une magnifique petite fille qui ressemble comme deux gouttes d’eau à sa mère quand je l’ai connue………..et qui elle aussi danse quand elle marche. Nous l’avons appelée Salomé en souvenir de cet été 1987.


 


Arwen Gernak



N° 86  Post tenebras, spero lucem


Lucian marchait depuis des heures. Ses pieds et ses jambes n’en pouvaient plus. A force de s’enliser dans le sable de cet espace immense, ils s’étaient raidis. Tout son corps le faisait souffrir. Depuis plus de deux heures, une nuit des plus noires dominait les quatre horizons.. Il avançait au hasard. Lucian avait beau scruter le ciel, pas une étoile pas même un nuage moins sombre que le firmament pour lui indiquer quoi que ce soit. Il pensait bien garder toujours la même orientation ; il était presque certain de marcher droit devant lui. Mais allez savoir dans le noir si vous marchez encore droit devant vous ou si vous zigzaguez depuis longtemps. Il avait froid. Les nuits sont froides là où le jour on meurt de chaud. Sur le dos, l’homme portait une réserve d’eau et quelques boîtes de flageolets. On lui avait dit qu’autrefois c’était la viande des pauvres. Donc ce n’était ni l’eau ni la nourriture qui lui manquait mais cette putain de lumière. Il avait toujours eu horreur du noir ; ce n’était pas une phobie, non, simplement une sensation d’insécurité. Un long frisson le parcourut. Il pensa poser sa besace et s’écrouler pour enfin dormir. Mais où était-il ?

Il releva la tête. Il lui semblait qu’au loin, il avait entrevu une étincelle, quelque chose ressemblant aux lucioles.
‘Allons, se dit-il, voilà que tu délires maintenant. Des lucioles en plein désert, c’est de la pure folie. C’est du mirage absolu.’
A nouveau, il vit le bref scintillement. Il activa son allure. Il se mit à courir comme un assoiffé vers un point d’eau.

Dans l’obscurité, là, juste devant lui, se dressait une toute petite flamme devant une silhouette fragile et floue. Il s’approcha encore. Il vit alors deux mains tendues vers lui, deux mains meurtries où chaque ligne cicatrisait toutes les misères et toutes les guerres du monde. Deux mains magnifiques tenant une allumette entre les doigts.
Une voix d’une extrême douceur lui dit ceci :

Tu cherchais la lumière : la voici !

Lucian se laissa tomber à genoux et pleura. Il sanglotait comme un enfant. Il releva la tête sans honte des larmes qui coulaient sur ses joues. Le spectacle qui s’offrait à lui était plus puissant et plus grand que tous les complexes humains.
La lumière de l’allumette illuminait un visage de femme. La femme qu’il cherchait depuis toujours. La femme qui porte la lumière du monde. Elle l’a transmet ainsi depuis des millénaires. Elle donne la vie. Elle allume le feu dans le cœur des hommes. Elle porte en elle l’Avenir du monde. Sans elle, c’est le triomphe des ténèbres et Lucian, ça le savait depuis qu’il y marchait......


 ~~~~~~~~~~~~~


.....A des milliers de kilomètres de là, dans une chambre tout confort, Luc, la trentaine,  est étendu sur son lit. La musique martèle les murs et le plancher. Il n’en est même plus conscient. Il tremble, il transpire. Dans sa  tête des flahes le rendent fou. Il faut qu’il sorte, il faut qu’il trouve ce qui chassera ces cauchemars. Il se redresse, empoigne son portefeuille, attrape son blouson et claque la porte. Il dévale l’escalier et ne voit même pas sa compagne qui pleure dans le sofa. Luc ne voit plus rien qu’un petit sachet de pilules miracles. Il ouvre la porte d’entrée et ne prend même pas la peine de la fermer. Vite, il faut qu’il trouve vite.

Dehors, les voitures défilent dans les allées illuminées pour Noël. Il n’en à rien à foutre, il ne les remarque même pas. Sans regarder, sans réfléchir à autre chose qu’à ce qui lui rendra la paix, il avance en titubant. Soudain, il jette un coup d’œil du côté de la route. Il se fige. Il voit une femme qui traverse la route les mains tendues au milieu de voitures qui freinent, klaxonnent. Luc se dit qu’elle va se faire tuer. Elle va mourir cette folle. A son tour, il se lance au milieu de la jungle automobile. Il n’hésite pas, il fonce et le voilà face à elle. Elle tient toujours les mains tendues et entre ses doigts, flambe une allumette.
La femme lui sourit et d’une voix douce lui dit :

Tu cherchais un miracle : le voici ! Retourne chez toi, quelqu’un t’attend.
Retourne auprès de la Lumière.

Tout à coup, Luc prend conscience qu’il est au milieu d’un boulevard avec une inconnue qui lui tend une allumette. Mais il y a mieux : il ne tremble plus, il ne transpire plus. Un calme infini l’habite. Il veut répondre à la jeune femme, il lève la tête, elle a disparu. A ses pieds, aussi insensé que cela puisse paraître, une allumette brûle dans une flaque d’eau. Le jeune homme sourit et d’un pas tranquille refait le chemin à l’envers. Dans le salon, Claire l’attend ; une petite bougie éteinte trône au milieu de la table basse. Luc s’approche et au même instant, la bougie s’allume. Il prend sa femme par la main et l’emmène jusqu’à la fenêtre. Dehors, une toute petite flamme brille comme une luciole. Une luciole en hiver lui dit-il, connais-tu un plus beau miracle ?

Et dans des millions d’autres endroits, des mains tendues tenant une allumette apparaissent ainsi dans les nuits les plus noires pour rallumer la flamme de la vie, pour redonner la lumière à ceux qui l’avait perdue.

 

Arwen Gernak

 


PARIS LA NUIT


 


Trois allumettes, une à une allumées dans la nuit:

La première pour voir ton visage tout entier,

La seconde pour voir tes yeux,

La dernière pour voir ta bouche.

Et l'obscurité tout entière pour me rappeler tout cela

En te serrant dans mes bras.

Jacques Prévert

Qui utilisa les allumettes pour contenir la lumière au-delà de l’obscurité. Il n’en eut plus jamais besoin pour se souvenir du visage de son amour.

Venise, le 31 décembre 2…

 

Mon amour,

 

Comme tous les matins, le pantin que je suis devenu, traverse Saint Marc. Je dois tellement faire partie intégrante du lieu que même les pigeons ne se retournent plus. Toi non plus, tu ne te retournes plus quand je t’embrasse avant d’affronter la journée fade qui m’attend. Seuls les touristes, quand il y en a (car ils ne se lèvent pas à l’aurore), tournent la tête et sourient. Même ces idiots sont conscients que je suis hors saison : ce n’est pourtant pas encore Carnaval, doivent-ils penser. S’ils savaient combien je les emmerde avec leur pseudo logique. Carnaval c’est tous les jours pour un pantin !  

Ce matin, je pars comme Pinocchio sur le chemin de l’école buissonnière et je vais vers le canal à la conquête de la baleine. Je veux abattre le lion et le palais des doges. Mon amour, pour que tu me regardes à nouveau avec ces yeux de notre premier rendez-vous, je ferais n’importe quoi. J’ai beau changé d’habit tous les jours, je ne reste que ce que je suis : un pauvre et terne pantin que tu ne regardes plus avec passion. Et moi, le pantin, le fantoche, le polichinelle, je ne peux pas vivre si je ne suis pas capable d’allumer la passion dans tes yeux, dans ton cœur, dans ton corps.

Moi, le rêveur, moi le poète, je sais que je ne suis plus rien si tu ne trembles pas quand je te touche ; si tu n’écarquilles pas tes beaux yeux de velours quand je te lis mes poèmes, je n’ai plus de raison d’en écrire. Si tu ne frémis plus, je ne suis rien d’autre qu’un pantin et je donnerais alors raison au monde artificiel qui t’entoure.

Mais tout à l’heure, à ton réveil, tu verras ! Tantôt, à ton réveil, quand tu prendras ta tasse de café, tranquillement assise dans tes habitudes, quand tu prendras ton foutu quotidien, tu ouvriras des yeux plus grands que des cratères ! Tu liras sans doute en première page un titre de ce genre :


Un pantin fou à saccager la place Saint Marc et s’est jeté dans le canal. Il a disparu dans les eaux troubles sans jamais remonter à la surface. Les hommes grenouilles ratissent encore le canal sans résultat! (suite de l'article en pg.3)'

 

M’aimeras-tu à nouveau avec ce cœur d’autrefois ? M’aimeras-tu enfin autant que je t’aime ?

En attendant, mon amour, je te laisse dormir. J’ai respiré le parfum de ta joue, j’ai caressé la douceur de tes longs cheveux noirs, j’ai déposé un baiser sur ton front et quitté la chambre sans bruit. J’emporte tout de toi ; mon cœur pourrait te dessiner dans les ténèbres. Je n’ai nul besoin de photo. Ton visage, tes mains, le galbe de tes seins, la courbe de tes hanches, le satin de ta peau et la grâce de ton pas sont imprimés dans ma mémoire.

Mon amour, dans ce matin rayonnant d’un soleil blanc, je pars à ta conquête. Ma redingote est ridicule, mon cartable ressemble à une vieille valise d’avant guerre. Je suis burlesque comme le dirait tes amis. Burlesque, cela convient parfaitement à Venise, tu ne trouves pas ?

Mon cortex a travaillé toute la nuit. J’ai repassé tous nos moments heureux. J’ai analysé tous les éléments qui volaient la lumière à tes yeux. Je n’ai trouvé qu’une toute petite conclusion.

Nous avons vu tous les pays que tu as voulu visiter mais au bout de quelques jours tes yeux se sont toujours éteints. Que cherches-tu mon amour ? C’est cette énigme que je vais tenter de résoudre aujourd’hui:

Mon amour, je vais t’offrir ma mort à défaut de te donner ma vie.

Je t’aime, amour, au revoir. C’est bien trop triste Venise sans les étoiles dans tes yeux.

 

                                                                                                      Ton pantin fou.

 

Arwen Gernak

lettre ouverte à toi

le 03/01/2007 à 09h20



Loup,


Je vais te parler de ces amours qui n'en finissent pas de s'aimer. Parce que la robe aux reflets souvent moirés de tristesse que j'endosse me permet de survivre, je vais l'ôter pour toi. Délicatement, je viendrai la déposer aux pieds de ton amour et dans un sourire vivant te remettrai la clé de la cage où je suis enfermée.

Je vais te parler de  cet amour donné à jamais et qui se nourrit de te voir vieillir, gagnant en assurance. Tes ailes se déploient et je sens leur douceur m'envelopper comme les premiers rayons du soleil au petit matin pâle d'une vie qui veut faire sa place.

Je vais te dire les barreaux de prison qui s'effritent un à un pendant que le sablier se vide. Le corps engourdi et les yeux craignant l'éblouissante lumière, lentement, réapprennent le naturel de la vie.

Je vais te parler de ces mots qu'on attend et qu'on oublie à force de ne plus les dire.

Je vais te parler de ces bêtes si farouches que le bruissement des ailes d'un papillon les effraie.

Est-ce cet amour-là que tu veux tout au long de tes jours?
Est-ce cet animal meurtri que tu veux étreindre dans tes bras à chaque coucher de soleil?

Un loup peut-il aimer une biche?


Margod


Un passage que j'aime énormément

le 30/12/2006 à 18h02

 

Le petit prince

Antoine de St Exupéry

 

CHAPITRE XXI

C'est alors qu'apparut le renard.

-Bonjour, dit le renard.

-Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se tourna mais ne vit rien.


 

-Je suis là, dit la voix, sous le pommier.


-Qui es-tu? dit le petit prince. Tu es bien joli...


-Je suis un renard, dit le renard.


-Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste...


-Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.


-Ah! Pardon, fit le petit prince.


Mais après réflexion, il ajouta :


-Qu'est-ce que signifie "apprivoiser"?


-Tu n'es pas d'ici, dit le renard, que cherches-tu?


-Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu'est-ce que signifie "apprivoiser"?


-Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C'est bien gênant! Il élèvent aussi des poules. C'est leur seul intérêt. Tu cherches des poules?


-Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie "apprivoiser"?


-C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie "Créer des liens..."


-Créer des liens?


-Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'a pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...


-Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur... je crois qu'elle m'a apprivoisé...


-C'est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses...


-Oh! ce n'est pas sur la Terre, dit le petit prince. Le renard parut très intrigué :


-Sur une autre planète ?


-Oui.


-Il y a des chasseurs sur cette planète-là ?


-Non.


-Ca, c'est intéressant! Et des poules ?


-Non.


-Rien n'est parfait, soupira le renard.


Mais le renard revint à son idée :


-Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m'ennuie donc un peu. Mais si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde! Tu vois, là-bas, les champs de blé? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste! Mais tu a des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'aura apprivoisé! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...


Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :


-S'il te plaît... apprivoise-moi! dit-il.


-Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.


-On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Il achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi!


-Que faut-il faire? dit le petit prince.


-Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...


Le lendemain revint le petit prince.

-Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrira le prix du bonheur! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le coeur... il faut des rites.


-Qu'est-ce qu'un rite? dit le petit prince.


-C'est quelque chose trop oublié, dit le renard. C'est ce qui fait qu'un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux! Je vais me promener jusqu'à la vigne. Si les chasseurs dansaient n'importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n'aurais point de vacances.


Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche :


-Ah! dit le renard... je pleurerai.


-C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise...


-Bien sûr, dit le renard.


-Mais tu vas pleurer! dit le petit prince.


-Bien sûr, dit le renard.


-Alors tu n'y gagnes rien!


-J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.


Puis il ajouta :


-Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d'un secret.


Le petit prince s'en fut revoir les roses.

 

-Vous n'êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n'êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisé et vous n'avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n'était qu'un renard semblable à cent mille autres. Mais j'en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.


Et les roses étaient gênées.


-Vous êtes belles mais vous êtes vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu'elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c'est elle que j'ai arrosée. Puisque c'est elle que j'ai abritée par le paravent. Puisque c'est elle dont j'ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c'est elle que j'ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire. Puisque c'est ma rose.


Et il revint vers le renard :


-Adieu, dit-il...


-Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.


-L'essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.


-C'est le temps que tu a perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.


-C'est le temps que j'ai perdu pour ma rose... fit le petit prince, afin de se souvenir.


-Les hommes on oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose...


-Je suis responsable de ma rose... répéta le petit prince, afin de se souvenir.


 



 


 

Meilleurs voeux pour 2007 avec tout mon amour

Merry X-mas

le 24/12/2006 à 22h47

Ces derniers jours....

le 06/12/2006 à 14h10



Ces derniers jours ont été durs pour moi. Mais tu étais là, heure après heure. Je voudrais tant te dire merci. J'aimerais que tu saches combien tu représentes pour moi. J'apprends seulement à te connaître comme toi aussi sans doute tu me découvres.
C'est ainsi que l'amour naît profond et vrai et réel. C'est ainsi que l'amour EST.
J'aurais dû le voir avant, le comprendre avant....J'aurais dû voir que tu étais cet homme que je cherche depuis si longtemps.
Je t'aime.

Parfait présent

le 28/11/2006 à 16h49


J’ai voulu te connaître mieux

Et nous voilà vivant à deux.

Je rêvais de monts et merveilles

Et te voilà gardien de mon sommeil.

J’avais en moi un cœur d’enfant,

Et me voilà femme maintenant.

J’ai voulu te connaître mieux

Et nous voilà amoureux.

Corrida

 

Cela faisait longtemps qu’il n’y avait plus eu de corrida au pays. Lena venait de se réveiller. Le soleil dardait depuis longtemps ses rayons sur la campagne poussiéreuse. L’évaporation du peu d’eau que la terre contenait, formait un immense voile fluctuant où se mirait comme dans un lac doré, les collines voisines. Il y avait une atmosphère torride, là-bas, au-dessus des arènes.

Lena sentait que ce soir, il y aurait du sang sur le sable. Elle quitta la fenêtre de la chambre et ne pensa plus à cette impression de combat qu’elle avait eue en contemplant son village. Elle traîna tout le reste du jour une langueur indicible.

 

Dans une chambre de l’hacienda, Victor restait immobile dans son fauteuil de bois. Il dictait le battement de son cœur. Tôt le matin, il avait été voir les taureau x. Il en avait choisi un, le plus fougueux, le plus fier, celui qui avait soutenu son regard. Un courant étrange était passé entre l’animal et le matador. Victor sentit une douleur indicible à l’endroit du cœur. Il savait déjà que, ce soir, la bête et lui allait jouer, jouer jusqu’à la mort, jouer jusqu’à l’amour. Ce soir, il y aurait corrida dans l’arène. Lena viendrait. C’était ainsi ; tout son être le lui disait. Depuis, il se tenait immobile dans sa chambre, serrant entre ses mains une petite croix de jade. Il priait. Il avait besoin de pardon avant ce soir. C’était la vie, c’était sa vie. A cinq heures ce soir, il serait seul avec l’animal sur le sable. Il n’y aurait ni picador, ni peones. Il serait tout. Il accomplirait les tercios, seul. Cette corrida-ci serait la plus importante et la plus belle de sa vie. Les piques, les banderilles et l’épée pour l’estocade. Lena serait là. Cela seul comptait. Lui et Lena, Lena et la bête, lui et la bête. Les deux amours de sa vie ne faisaient plus qu’une seule et même image dans ses pensées. Les images de Lena et de la bête se superposaient comme si les deux ne faisaient qu’une. Ce soir, il allait lui faire l’amour comme on ne l’avait jamais encore fait sur la terre. Il se leva et lentement s’habilla comme un marié le jour de ses noces. C’était une partie du rituel. Le jeune torero se signa.

 

 

 

Au loin, le campanile sonna la demi heure avant las cinco de la tarde.  

Lena était prête pour descendre au centre du village. Elle avait besoin de se changer les idées. Peut-être rencontrerait-elle Victor ! Elle portait une robe d’un rouge flamboyant. Elle avait toujours rêvé de porter une robe de mariée de couleur pourpre. Un instant, elle pensa qu’elle aurait été une parfaite muleta. Elle nota un brouhaha inhabituel du côté de l’arène. Elle perçut aussi un paso doble. A las cinco de la tarde commencent toutes les corridas. Elle avait donc raison ce matin en se levant. Ce soir, le sable serait rouge, rouge comme la muleta, rouge comme sa robe, rouge comme le sang vierge. Depuis ce matin, la jeune fille savait qu’il y aurait des noces de sang à la tombée du jour. Sans hésiter, Lena se dirigea vers l’arène. Elle ne manquerait pour rien au monde cette corrida. Elle l’attendait depuis si longtemps. Victor serait là. C’était ainsi, c’était dans l’ordre des choses, ces choses que seules, les femmes savent. La jeune fille trembla un instant. Sans doute un coup de brise avait-il traversé la vallée. Elle rejoignit la place habituelle dans l’arène, sa place, la place réservée aux membres de sa famille. Lena regarda l’étendue d’or blanc.  Le taureau était là et l’homme aussi, face à lui, dans son habit de lumière.

 

 

La jeune femme eut l’impression que le temps se suspendait. Les deux protagonistes se regardaient, se tâtaient. Tous deux semblaient mener une étrange danse. Lena rougit. Pourquoi toute cette tendresse dans le bras du torero à chaque pique plantée sur l’échine du taureau ? Pourquoi la bête, de son œil sombre comme la nuit, fixait-elle sans haine, celui qui lui donnerait la mort ?

Les banderilles pendaient déjà le long des flancs de l’animal. Une dernière fois, le taureau et le matador se fixèrent dans les yeux. Ce moment portait tout le respect, tout l’amour, toute la mort du monde. Victor brandit l’épée et donna l’estocade. Lena ferma les yeux dans un soupir qui disait ‘oui’. Une petite croix de jade tomba dans le sable rouge ….Victor se tourna vers les tribunes, tendit la main en direction de Lena. Ce geste était une invitation explicite. La corrida n’était pas terminée ; elle commençait à peine. Une corrida à laquelle personne ne pourrait assister. Des draps de soie seraient leur arène, la lune leur soleil couchant et leurs baisers le deux premiers tercios. Le dernier, l’estocade, les unirait jusqu’à la mort.

 

Arwen Gernak
Lunes écarlates, nuits de granit
25-11-06